À LA UNE
Municipales 2026 : la parité gagne les petites communes, mais le pouvoir local reste masculin
Municipales 2026 : la parité gagne les petites communes, mais le pouvoir local reste masculin
Pour la première fois, les quelque 27 000 communes françaises de moins de 1 000 habitants votent ce dimanche selon des listes paritaires. Cette réforme, entrée en vigueur avec la loi du 21 mai 2025, corrige une anomalie vieille de vingt-cinq ans.
Le 12 mars 2026, pour Enflammé.e.s, Marion Paoletti, professeure de science politique à l'université de Bordeaux, revient sur ce que cette réforme change, et sur ce qu'elle ne résout pas : les femmes restent largement tenues à l'écart des lieux où se concentre réellement le pouvoir local, les intercommunalités.
Immersion au sein du Front national : la place réservée aux femmes
Immersion au sein du Front national : la place réservée aux femmes
Doctorante en fin de thèse à l’IRISSO / Université Paris Dauphine-PSL, Margherita Crippa a mené une enquête ethnographique de longue haleine. Entre 2013 et 2015, elle a observé plusieurs sections locales du Front national, dans le cadre d’un travail immersif au long cours.
Par ses entretiens et sa participation aux activités partisanes, elle a documenté les dynamiques internes de ces collectifs militants pendant près de six ans. Dans l’un de ces groupes qui lui a offert un accès privilégié au quotidien militant, elle y a analysé la place assignée aux femmes : valorisées pour leur apparence, leur respectabilité ou leur maîtrise de soi, mais cantonnées à des fonctions subalternes.
Son enquête a mis en lumière des usages différenciés du genre et de la classe, façonnés par les contextes locaux, les statuts militants et les besoins stratégiques du parti. Derrière la féminisation de façade, ce sont des hiérarchies persistantes et des formes de pouvoir masculines qui se sont maintenues.
Dans cet entretien à Enflammé.e.s le 11 juin 2025, Margherita Crippa revient sur cette expérience de terrain et ce qu’elle révèle des rouages ordinaires d’un parti en quête de respectabilité.
Femmes et extrême droite : l’effacement du genre, pas des idées
Femmes et extrême droite : l’effacement du genre, pas des idées
Depuis 2012, le vote des femmes pour l’extrême droite ne se distingue plus de celui des hommes. Confirmée lors de la présidentielle de 2022 et des législatives de 2024, cette disparition du « gender gap » électoral marque une rupture dans l’histoire politique française. Marine Le Pen, qui a dirigé le Rassemblement national (RN) de 2011 à 2021, a largement contribué à cette évolution. Jordan Bardella, son successeur, poursuit cette dynamique avec une image plus lisse, séduisante pour une partie des jeunes électrices. Comment le RN a-t-il féminisé son électorat sans renoncer à son logiciel idéologique ?
Dans un entretien à Enflammé.e.s le 6 juin 2025, la politiste Nonna Mayer et la doctorante Noémie Piolat analysent une recomposition électorale profonde, où se mêlent précarité sociale, effets générationnels, sous-cultures numériques et instrumentalisation sécuritaire des droits des femmes.
Féminisme identitaire : l’arme culturelle de l’extrême droite
Féminisme identitaire : l’arme culturelle de l’extrême droite
Depuis 2019, le collectif Némésis, vitrine féminine de la mouvance identitaire française, multiplie les actions spectaculaires et les prises de parole médiatiques au nom d’un « féminisme identitaire ». Se réclamant de la défense des femmes blanches face aux « agresseurs issus de l’immigration », ses militantes dénoncent l’intersectionnalité, ciblent les quartiers populaires et s’opposent aux courants féministes progressistes. Derrière une rhétorique d’apparence égalitaire se déploie une stratégie politique articulée à une vision racialiste du sexisme.
Charlène Calderaro, docteure en sciences sociales et chercheuse au Centre Études Genre de l’Université de Lausanne, consacre ses travaux à l’appropriation du féminisme par l’extrême droite. Dans cet entretien accordé à Enflammé.e.s le 20 mai 2025, elle analyse la généalogie, les ressorts idéologiques et les effets politiques de cette mouvance, qui détourne les luttes féministes pour nourrir un projet nationaliste. En s’appuyant sur une enquête comparative menée en France et au Royaume-Uni, elle montre comment la pénalisation du harcèlement de rue, initialement portée par les militantes féministes, a été intégrée par l’État avant d’être réappropriée — et radicalement redéfinie — par des militantes d’extrême droite. Une lecture lucide, rigoureuse, et nécessaire pour comprendre les recompositions actuelles du champ féministe.
Féminisme dévoyé, agenda réactionnaire : les visages féminins de l’extrême droite
Féminisme dévoyé, agenda réactionnaire : les visages féminins de l’extrême droite
Le 28 avril 2025, Enflammé.e.s s’est entretenu avec Magali Della Sudda, politiste et socio-historienne, chargée de recherche au CNRS et membre du Centre Émile Durkheim (CNRS/Sciences Po Bordeaux). Trois ans après la publication de son ouvrage Les nouvelles femmes de droite (Éditions Hors d’atteinte, 2022), elle analyse la manière dont certaines militantes des droites radicales reprennent les codes du féminisme pour mieux les détourner.
Sous une esthétique soignée et un discours d’émancipation de façade, elles promeuvent un projet politique profondément inégalitaire, identitaire et réactionnaire. À travers elles, c’est l’idéologie de l’extrême droite contemporaine qui se redessine.
Najat Vallaud-Belkacem : penser l’égalité comme une politique à part entière
Najat Vallaud-Belkacem : penser l’égalité comme une politique à part entière
Najat Vallaud-Belkacem a été la première ministre des Droits des femmes à la tête d’un ministère de plein exercice depuis 1981. C’était en 2012, sous la présidence de François Hollande. Elle y a porté une ambition : faire entrer l’égalité femmes-hommes dans tous les pans de l’action publique — du droit à l’IVG à la lutte contre les violences, en passant par l’égalité salariale et la représentation.
Plus de dix ans plus tard, elle revient, dans un entretien accordé à Enflammé.e.s le 23 avril 2025, sur ce moment politique, les avancées réelles, les reculs silencieux, et les résistances acharnées toujours à l’œuvre. Une parole lucide, sans nostalgie, mais habitée par une exigence : que l’égalité cesse d’être un supplément d’âme, et devienne enfin une ligne de force politique.
Sara R. Farris : le fémonationalisme, une idéologie sexiste et raciste au nom des femmes
Sara R. Farris : le fémonationalisme, une idéologie sexiste et raciste au nom des femmes
Le 1er avril 2025, Enflammé.e.s s’est entretenu avec Sara R. Farris, sociologue, maîtresse de conférences à Goldsmiths (Université de Londres), spécialiste des migrations, du genre et de l’économie politique du care. Ses recherches portent notamment sur le rôle central des travailleuses migrantes dans les économies de la reproduction sociale, la racialisation du sexisme et la financiarisation du secteur du soin.
Elle est l’autrice de In the Name of Women’s Rights. The Rise of Femonationalism (Duke University Press, 2017), traduit en français sous le titre Au nom des femmes. « Fémonationalisme » : les instrumentalisations racistes du féminisme (Éditions Syllepse, 2021), un ouvrage qui a largement contribué à diffuser le concept de fémonationalisme. Celui-ci désigne l’instrumentalisation de la cause des femmes par des partis nationalistes, xénophobes ou néolibéraux, à des fins anti-immigration et islamophobes.
Dans cet entretien, elle revient sur la banalisation de ce phénomène, ses racines économiques, ses prolongements racistes, et les ambiguïtés croissantes autour d’un féminisme désormais mobilisé par l’extrême droite. Une analyse cruciale, alors que Marine Le Pen a été condamnée la veille à de la prison ferme et à cinq ans d’inéligibilité, et que la droite radicale se recompose à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
Geneviève Pagé : le féminisme québécois entre ruptures, luttes et héritages
Geneviève Pagé : le féminisme québécois entre ruptures, luttes et héritages
Professeure au département de science politique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Geneviève Pagé travaille depuis de nombreuses années sur le féminisme québécois. Militante et chercheuse, elle analyse les évolutions du mouvement depuis les années 1970 : son enracinement dans les luttes nationalistes et marxistes, les choix d’autonomie, les divisions internes, les glissements vers l’institutionnel, mais aussi les grandes victoires — celle de l’avortement en tête — et les tensions toujours vives autour de l’intersectionnalité, de la diversité, de l’inclusion réelle.
De l’émergence de #MeToo à la montée des discours masculinistes dans les écoles, elle observe une nouvelle génération de féministes, puissantes, créatives, mais confrontées à des formes de backlash parfois brutales. Et pendant ce temps, les mouvements anti-choix avancent.
Dans cet entretien accordé à Enflammé.e.s le 13 mars 2025 à Montréal, elle revient sur les trajectoires contrastées du féminisme québécois. Une parole politique, incarnée, exigeante — pour lire l’histoire, et comprendre ce qui se joue encore, maintenant.
Dorit Geva : le genre au cœur de l’autorité politique de l’extrême droite
Dorit Geva : le genre au cœur de l’autorité politique de l’extrême droite
En France, le 31 mars 2025, Marine Le Pen a été condamnée à quatre ans de prison, dont deux ferme, et à cinq ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics. Elle a fait appel, et la décision finale devrait être rendue à l’été 2026, bien avant la présidentielle. Dans ce contexte de recomposition politique, où le Rassemblement national entre dans une phase d’incertitude, Enflammé.e.s a interrogé la sociologue Dorit Geva, professeure à l’Université de Vienne, spécialiste des rapports entre genre, autorité et extrême droite en Europe.
Dans cet entretien réalisé le 6 avril 2025, Dorit Geva analyse les stratégies de pouvoir féminin au sein des droites radicales, la construction d’un nouvel ordre patriarcal, et les formes d’autorité morale genrée à l’œuvre dans les discours populistes. Loin d’un simple effet de vitrine, la montée en puissance de figures comme Marine Le Pen, Giorgia Meloni ou Alice Weidel redessine les règles du jeu politique. Un entretien pour comprendre comment le genre structure aujourd’hui l’horizon idéologique de l’extrême droite.
Martine Biron : garantir le droit à l’avortement et lutter contre les violences, un féminisme d’action au Québec
Martine Biron : garantir le droit à l’avortement et lutter contre les violences, un féminisme d’action au Québec
Le 18 mars 2025, à Québec, Enflammé.e.s a rencontré Martine Biron, ministre des Relations internationales et de la Francophonie, mais aussi ministre responsable de la Condition féminine dans le gouvernement québécois de François Legault (Coalition avenir Québec, une coalition de centre-droit au pouvoir depuis 2018).
Depuis novembre 2024, Martine Biron pilote un Plan d’action triennal sur l’accès à l’avortement, à l’heure où les droits reproductifs reculent dans de nombreuses démocraties. Ensemble, nous avons discuté des mesures concrètes mises en place pour garantir ce droit fondamental : élargissement de l’accès à la pilule abortive, lutte contre les cliniques anti-choix, refus d’inscrire l’avortement dans la loi pour ne pas en fragiliser l’accès, et travail de fond pour faire tomber les tabous.
Nous avons également évoqué la lutte contre les violences faites aux femmes : création de tribunaux spécialisés, maisons de deuxième étape, bracelets anti-rapprochement, aide financière d’urgence… Autant de dispositifs qui font du Québec un territoire d’action féministe.
Dans un pays où le droit à l’avortement est protégé sans qu’il existe de loi spécifique — une singularité du système canadien — Martine Biron assume une ligne claire : faire confiance aux femmes, protéger leurs choix, et construire un accès égalitaire, pour toutes et partout.
Du Canada aux États-Unis : Véronique Pronovost analyse l’offensive conservatrice contre l’avortement
Du Canada aux États-Unis : Véronique Pronovost analyse l’offensive conservatrice contre l’avortement
À mesure que les offensives anti-avortement s’intensifient aux États-Unis, leurs échos traversent la frontière. Au Canada, les mouvements conservateurs s’organisent, reprennent les discours, les tactiques, et cherchent à redessiner les lignes du possible.
Doctorante en sociologie et en études féministes à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Véronique Pronovost est chercheure en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. Depuis plus de dix ans, elle suit de près les dynamiques transnationales de l’antiféminisme conservateur en Amérique du Nord, et en particulier l’évolution du mouvement contre l’avortement. Membre de plusieurs collectifs de recherche (le Chantier sur l’antiféminisme du RéQEF, le Collectif Action Politique et Démocratie), elle siège également au comité de veille stratégique sur l’avortement piloté par la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN).
Spécialiste des interactions entre stratégie politique, discours religieux et recul des droits reproductifs, Véronique Pronovost observe avec lucidité comment une droite religieuse coordonnée impose, lentement mais sûrement, une redéfinition des normes sociales. Dans cet entretien accordé à Enflammé.e.s le 17 mars 2025 au Québec, elle éclaire les logiques à l’œuvre, la nécessité d’une vigilance constante — et l’urgence de penser la riposte, culturelle autant que politique, avant que les reculs ne deviennent irréversibles.
Le féminisme d’État en France et au Québec : bilan d’un demi-siècle d’institutionnalisation avec Anne Revillard
Le féminisme d’État en France et au Québec : bilan d’un demi-siècle d’institutionnalisation avec Anne Revillard
Le 4 mars 2025, Enflammé.e.s a rencontré Anne Revillard, professeure de sociologie à Sciences Po, chercheuse spécialiste des politiques publiques d’égalité et directrice du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (LIEPP). Elle est également membre du Centre de recherche sur les inégalités sociales (CRIS) et s’est distinguée par ses travaux sur l’articulation entre droit, action publique et transformations des inégalités de genre et de handicap.
En 2016, elle a publié La cause des femmes dans l’État. Une comparaison France-Québec aux Presses universitaires de Grenoble, un ouvrage qui fait aujourd’hui référence sur la manière dont les institutions publiques ont intégré – ou non – les revendications féministes des années 1960 aux années 2010. À travers une approche comparative, elle y analyse la construction du féminisme d’État en France et au Québec, ainsi que la capacité de ces institutions à défendre les droits des femmes face aux résistances politiques et administratives.
Si elle a cessé de travailler sur ces questions depuis une dizaine d’années, son regard historique permet de revenir sur des décennies de luttes pour l’égalité. Comment ces institutions ont-elles émergé sous l’impulsion des mouvements féministes ? Quels leviers ont-elles pu mobiliser pour influer sur les politiques publiques ? Face aux alternances politiques et aux résistances institutionnelles, ont-elles réussi à imposer la cause des femmes au sein de l’État ?
Dans cet entretien, elle revient sur son travail, les dynamiques qui ont structuré le féminisme d’État, et les leçons que l’on peut tirer aujourd’hui de cette institutionnalisation des luttes féministes. Une plongée passionnante dans les coulisses des politiques publiques féministes.