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« Les artistes femmes n’existent pas » ? La réponse d’Anne Bourrassé
« Les artistes femmes n’existent pas » ? La réponse d’Anne Bourrassé
Pendant longtemps, l’absence des artistes femmes a été naturalisée dans le récit de l’histoire de l’art. Dans Les Refusées. Les artistes femmes n’existent pas (Éditions Seuil, 2026), Anne Bourrassé montre au contraire que cet effacement relève d’un système : un ensemble de mécanismes historiques, institutionnels et symboliques qui continuent, aujourd’hui encore, de produire de l’inégalité au cœur même du champ artistique.
Commissaire d’exposition et critique d’art, diplômée de l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris et de Sciences Po, lauréate de la Bourse Émergence de l’ADIAF en 2023, Anne Bourrassé enquête de l’intérieur sur le fonctionnement de l’art contemporain en France. À partir de données chiffrées, de son expérience professionnelle et d’un travail d’histoire de l’art au long cours, elle met en lumière un paradoxe persistant : alors que près de 70 % des étudiant.es en écoles d’art sont des femmes, celles-ci ne représentent qu’une part infime des artistes exposées, collectionnées, médiatisées et valorisées économiquement.
En croisant les trajectoires d’artistes femmes et d’artistes hommes, de Rosa Bonheur à Eugène Delacroix, de Janet Sobel à Jackson Pollock, d’Augusta Savage à Jean-Michel Basquiat, Anne Bourrassé démonte les récits qui fabriquent la valeur, la postérité et l’« évidence » culturelle. Elle interroge aussi les angles morts des politiques publiques, l’inertie des institutions, l’opacité du monde de l’art et la capacité du système à absorber les critiques sans se transformer.
À l’heure où le ministère de la Culture projette encore cent vingt ans pour atteindre la parité entre femmes et hommes dans le champ de l’art, cette conversation propose de déplacer le regard : non pas demander où sont les artistes femmes, mais comprendre pourquoi, et comment, elles continuent d’être refusées.
Marie Docher : pourquoi les lesbiennes sont-elles invisibles ?
Marie Docher : pourquoi les lesbiennes sont-elles invisibles ?
Le 21 mars 2025, Marie Docher publie Pourquoi les lesbiennes sont invisibles, un ouvrage incisif qui analyse en profondeur l’effacement des lesbiennes dans l’espace public, culturel et intellectuel. Photographe, réalisatrice et militante féministe, elle consacre son travail à rendre visibles celles que l’histoire, les médias et les institutions relèguent à la marge. Lauréate de la grande commande photographique de la Bibliothèque nationale de France La France sous leurs yeux, elle a aussi cofondé LaPartDesFemmes, un collectif engagé pour la reconnaissance des femmes dans la photographie. En 2021, elle est nommée chevaleresse des Arts et Lettres, une distinction qui contraste avec la réalité d’un milieu où les lesbiennes restent largement marginalisées et sous-financées.
Dans cet entretien accordé à Enflammé.e.s le 12 mars 2025, Marie Docher décrypte les mécanismes d’invisibilisation analysés dans son livre : désintérêt institutionnel, résistances culturelles, plafonds de verre et silences médiatiques. Elle revient sur le manque de reconnaissance des artistes lesbiennes, la censure numérique, et les menaces que font peser les politiques réactionnaires sur leurs droits. Alors que l’Observatoire de l’égalité dans la culture met en lumière des inégalités persistantes, elle interroge les stratégies à adopter pour briser ce cycle d’effacement et imposer la visibilité lesbienne.